Le 10 octobre 2011, la banque franco-belge Dexia  a été démantelée. Depuis, Dexia tente de survivre à coup de liquidités fournies par la Banque Centrale Européenne et des garanties d’État français et belge. Dexia a récemment annoncé une perte annuelle de 11,6 milliards d’euros, l’une des pires performances financières jamais enregistrées en France. La banque franco-belge a affecté à hauteur d’un milliard d’euros les résultats de la Caisse des dépôts (CDC), qui collecte les Livrets A et Plan d’Épargne Populaire.

La faillite bancaire, une norme en Europe

La banque sauvée par les contribuables a prévenu que sa survie dépendait de l’approbation par Bruxelles de son plan de sauvetage et de l’octroi d’une garantie de 90 milliards d’euros par la France. En Espagne, la banque Bankia, issue de la fusion de banques régionales, va recevoir 23 milliards de l’Etat espagnol sous forme de prêt en capital pour la sauver de la banqueroute. L’État espagnol estime d’ailleurs a plus de 130 milliards d’euros les actifs immobiliers pourris qui traînent encore dans les bilans des banques espagnoles et que le contribuable ibère va gentiment devoir récupérer sous forme de « bad Bank » pour sauver les profits des actionnaires espagnols. En Allemagne, l’Etat a déjà sorti plus de 300 milliards d’euros pour sauver des banques aux bilans immobiliers tout aussi nauséabond comme Hypo Real Estate ou la banque régionale WestLB. A ce titre, la prétendue vertu financière de l’Allemagne au regard de la Grèce et de ses 130 milliards de défaut apparaît comme un vaste mensonge entretenue par l’élite européenne et des médias complaisants distillé pour mieux faire accepter l’inacceptable aux peuples européens, c’est à dire sauver les actionnaires des banques européennes au prix de hausse des taxes et des impôts sur les bas salaires et d’une « nécessaire » flexibilisation du marché du travail.

Des sacrifices pour sauver les incompétents

De fait, si vous possédez un livret A, c’est donc pour renflouer les 90 milliards de Dexia, une banque gérée par des financiers « compétents » qui menacent de partir offrir leurs « compétences » à l’étranger si le nouveau Président de la République augmente leurs impôts. A l’étranger où l’on a déjà supprimé, et ça continue, 60000 postes rien qu’en 2011 dans la finance et parmi eux les financiers français licenciés qui rentrent toucher les allocations chômage de Pôle Emploi puis repartent immédiatement se cacher pour déprimer, les pauvres, dans leurs appartements londoniens. Londres, un des paradis fiscaux où se cachent 7000 milliards de dollars selon l’OCDE. Et d’ailleurs, la lutte contre la fraude fiscale rapporte. Grâce aux contrôles menés et le refus d’un accord d’amnistie fiscale avec les centres financiers blanchisseurs comme la Suisse ou le Luxembourg, l’État a déjà récupéré 50 milliards depuis 2007, bien plus que ce qu’a « rapporté » la réforme des retraites tant réclamés par les marchés, ces nouveaux idoles tout puissant pour lesquels les experts économiques médiatiques, ces oracles post-Bretton Woods/choc pétrolier, nous réclament des sacrifices humains.

Une bourse inutile et nuisible

Alors faut-il comme le voulait DSK, rassurer les « marchés » en baissant les impôts pour tous les « créateurs d’emplois » qui ont provoqué la crise financière actuelle ou s’attaquer à leurs privilèges et leurs dissimulations? Car comme le rappelle l’économiste hétérodoxe Frédéric Lordon, le bilan de la bourse dans le financement des entreprises est ridiculement bas: le total des émissions nettes d’actions cotées (1650 sociétés) pour 2010 est de 13 milliards d’euros. Avec les ordres de grandeur des « performances » de la finance en tête, par exemple le volume total de l’investissement des sociétés non financières, 193 milliards d’euros, ou bien le volume moyen quotidien des transactions opérées sur le seul CAC 40,entre 3 et 5 milliards d’euros, on mesure à quel point la Bourse, les paradis fiscaux et les armées de traders sont dispensables si ce n’est inutiles au financement de l’économie française et européenne, ce particulièrement à l’aune du blocage total du marché du crédit lors de la mini-panique boursière de décembre 2011. En réalité, « Le capitalisme actionnarial lui-même ne veut pas des émissions d’actions », puisque avec la déconfiture des marchés actions sur les trois dernières années, les entreprises sont sommées par leurs actionnaires de racheter leurs propres actions, pour éviter une diminution de valeur tellement forte que les fonds souverains chinois pourraient racheter l’ensemble du CAC40 en quelques semaines, ce que réalise en réalité déjà à une moindre échelle le fond souverain du Qatar en rachetant actuellement des actions dans Vivendi, EADS ou Lagardère (près d’un quart des actions). Certes la finance a aujourd’hui plus de pouvoir que jamais. Entre 1990 et 2005, le rapport entre le poids des marchés financiers et le PIB mondial a doublé. Ce qui nous rappelle que la finance pourrait être deux fois plus petite et le monde se porter bien mieux.

Les socialistes libéralisent les marchés, la droite sauve les banquiers devenus irresponsables

D’autres banques françaises vont inévitablement suivre Dexia, mais aussi ses prédécesseurs historiques français comme le Crédit Lyonnais ou à une moindre échelle la banque Natixis dans le mouvement des nationalisations bancaires et hypothécaires inaugurées par l’Etat américain en 2008 avec Fanny Mae, Freddie Mac et AIG (6167 milliards de dollars d’actifs à eux trois en 2011). Dexia représentaient 760 milliards de dollars d’actifs en 2011 selon le magazine néo-libéral Forbes, ce qui explique son statut de banque à « risque systémique » et son maintien en perfusion par l’État français. Il apparaît de fait que se contenter d’un hypocrite « code moral » version MEDEF tout en pourfendant le protectionnisme que pratiquent massivement les Etats-Unis, le Japon , le Brésil ou la Russie  ne sera pas suffisant pour réguler la finance (banques, assurances, hedges-funds, fonds souverains réunis) et qu’une règlementation drastique s’impose, avec triplement voire plus du budget du gendarme de la bourse, du fisc et de Tracfin et recrutement  »inversé » des  »meilleurs » sortis de Polytechnique ou l’ENA pour contrôler et défaire les montages et pratiques opaques qui se sont mises en place grâce aux lois de dérégulation financière votées successivement depuis 1986 par les « socialo-conservateurs » Mauroy, Rocard, Fabius, Bérégovoy, Balladur, Chirac, Jospin, Raffarin ou De Villepin et par les générations de commissaires européens qui prient tous les soirs devant leur exemplaire du traité de Maastricht interdisant à la BCE de financer directement les États européens au même et stable bas taux que les banques privées. Christine Lagarde et son FMI peut aussi partir sur une île réciter ses chapelets à Milton Friedmann, nous n’avons définitivement pas besoin d’être sauvé par les véritables fossoyeurs de l’économie.

Sauver les banques, une bonne occasion de dégrader le modèle social européen

Bien sûr, pour les procès de délit d’initiés et de manipulations comptables, seuls des exemples suffiront, juste histoire que la peur change de camp. Vous savez cette peur, peut être simulée, que semblait ressentir Sarkozy lorsqu’il recevait à l’Élysée les patrons de BNP, Crédit Agricole ou Société Générale pour leur demander de recommencer à financer l’économie au printemps 2009  après avoir été forcé de leurs fournir de l’argent en masse à l’automne 2008 et  que ceux-ci repartaient vers leur berlines avec un sourire qui disait « cause toujours ». Il faut dire que les agences de notation menaçaient de dégrader la France et donc d’augmenter les rendements des investissements des banques françaises en obligations d’État. Gagner plus d’argent en asphyxiant l’État en somme. C’était faut-il le rappeler la raison constamment relayée par Sarkozy et Fillon durant les grèves de l’automne 2010 contre la réforme des retraites: « Si nous n’augmentons pas l’âge de la retraite, la France va perdre son triple A ». Elle l’a perdue, un an et demi plus tard, à cause de la dette grecque et des récessions en Europe provoqués par le fanatisme des dirigeants européens pour l’austérité. Mais l’actuel président de la Banque Centrale Europénne Mario Draghi ex-Goldman Sachs nous a récemment prévenu dans le Wall Street Journal: « Le modèle social européen est mort ! » Normal, puisque les conséquences de l’austérité, ça reste réservé aux dominés de la relation banquier-client, c’est à dire à la majorité des français, les salariés, même bien payés. Un triple A est ce si important d’ailleurs? Pour la valeur d’une note fournie disons, par l’Agence française de notation Fitch, détenue et dirigée par Marc Ladreit de Lacharrière, meilleur scribouillard de l’économie 2011  selon François Baroin notre ex-ministre de l’économie, rappelez vous la note que donnaient toutes ces agences (Fitch, Standards & Poors et Moodys) à la banque d’investissement Lehmann Brothers à la veille de sa faillite: triple A! Laissons donc ces producteurs d’opinions nous fournir leurs avis personnels, il vaut tellement plus selon notre ex-ministre que celui de la majorité de la population, nous le peuple qui disions non en 2005.

La finance ne comprends plus ce qu’elle fabrique et vends

Plus de 10 fois le montant du PIB mondial, c’est ce que représente le marché des produits dérivés ,pourris ou non, dont les assurances sur défaut de paiement, ces fameux CDS dont il fallait à tout prix éviter le déclenchement et qui a quand même eu lieu par obligation symbolique de maintenir la fiction des assurances sur produits financiers titrisés d’État, dixit les explications des commentateurs de la très libérale chaîne financière BFM Business, suite au défaut de la Grèce du mois de mars. Rappelons au passage que les CDS sont utilisés de manière massive par les financiers pour spéculer sur les dettes souveraines des pays du sud de l’Europe, bien plus que le dernier produit sur la dette française créée par la bourse allemande et qui fût tant dénoncé comme le pire des dangers, révélant encore une fois le désarmement intellectuel d’une majorité de la gauche face aux financiers de Bruxelles et Francfort. Cependant, malgré la passion des banquiers européens pour les instruments de couverture de risque type CDS qui étaient censés avant 2008 signer la fin de l’histoire du risque financier systémique, demander au PDG de BNP-Paribas de chiffrer la part de son bilan en produits dérivés « hors bilan » s’avère aussi simple que de lui demander de chiffrer le nombre de ses filiales présentes dans les paradis fiscaux, ou encore mieux de financer les besoins de crédit des français, un silence poli signifiant parfois un bon gros doigt d’honneur en langage financier, comme vient de le faire Baudoin Prot, PDG de BNP Paribas en sortant de la commission parlementaire sur les paradis fiscaux des banques françaises.

Encore plus difficile il est d’évaluer la part de ses produits qui sont échangés sur les nouveaux marchés financiers opaques, dits « Dark Pools » créés sur l’insistance de la très néo-libérale et non-élue Commission européenne. Cette même Commission qui telle un pompier pyromane vient de déclarer par la voix de Michel Barnier vouloir réguler ces bourses parallèles au marché NYSE-Euronext et dont les transactions représentent déjà plus de la moitié du total des échanges quotidiens, pour une grande part réalisées par des robots qui échangent en nano-secondes et ont déjà provoqués plusieurs mini-krachs. Un si joli outil que même le patron du groupe Bouguyes, Martin, celui qui construit des palais aux dictateurs d’Asie Centrale, le témoin de mariage de Nicolas et parrain du petit Louis Sarkozy, a déclaré ne plus comprendre comment était disséminé le capital de son entreprise.

Restaurer la régulation financière, obliger les banques à la transparence

Ainsi, il apparaît clair, sans être une grande découverte, que le problème des marchés financiers n’est pas qu’ils sont compliqués à comprendre, c’est que tout y est opaque, dissimulé. Et que La-régulation-qui-vient de la finance doit d’abord être celle de la transparence des comptes, des filiales et des produits, celle de l’interdiction du floutage juridique et du masquage par la complexité mathématique, celle de l’isolement en droit des sociétés de ceux accrocs au capital risque et à ce qui restera de la finance-casino, plutôt que celle des ratio de liquidités qui ne font même pas gagner de temps quand la catastrophe arrive. Cette opacité est en grande partie de la faute des législateurs, ces politiques ex-inspecteurs des finances issues des graanndes écoles publiques, rémunérés pendant leurs scolarités par vos impôts et qui filent ensuite pantoufler dans le privé et refusent aujourd’hui de rembourser ce que la collectivité leur a donné. Ils sont certes bien aidés par l’absence de moyens fournis aux administrations de ces grandes écoles pour pourchasser les mauvais payeurs. Ces « hauts fonctionnaires du privé » ne jurent pourtant sur toutes les chaînes d’informations françaises que par la libéralisation pour sauver l’économie des dégâts causés par la libéralisation. Cherchez l’erreur. Difficile si seule la finance sait ce qu’il se passe, dans les cas où elle veut bien savoir et comprendre, selon des intérêts bien compris seulement par ceux qui comprennent, l’élite des financiers et la secte néo-libérale des commissaires européens. L’aveu d’aveuglement idéologique d’Alan Greenspan, l’ancien patron de la réserve fédérale américaine n’y suffira pas. Le patron de Tepco-Fukushima avait bien raison: « la situation est sous contrôle. » Ou plutôt, comme le déclarait un trader sur la BBC: « Ils savent que le marché est cuit! ». A nous de faire changer le sens du vent pour éviter l’odeur pestilentielle de leur cuisson.